Financer les startups en Afrique et au BENIN

Spécial
La question du financement de l'innovation en général et celle des startups en particulier se pose avec de plus en plus d'insistance à un moment où de plus en plus d'organisations et d'Etats reconnaissent aux startups un rôle fondamental dans l'évolution de la technologie, de l'innovation , la création de valeur ajoutée et même d'emplois. Quid de ce besoin si spécial?

Par définition une startup est une jeune pousse qui recherche, teste un modèle économique viable pour une activité au fort potentiel de croissance, et qui bien souvent n’existe pas encore. Tout nouveau besoin, toute nouvelle solution, tout nouveau service, la route peut parfois être longue et semée d’embûche avant de rencontrer le bon marché. Les startups sont caractérisées par un environnement assez instable et des changements constants. Contrairement à une PME, qui applique un modèle économique déjà existant, une startup, elle, cherche une toute nouvelle manière de créer, distribuer et capturer de la valeur, elle s'aventure par conséquent sur des terrains nouveaux et souvent risqués. En sus de cela, il peut arriver qu 'une startup change du jour au lendemain son modèle économique parce qu'un nouveau marché s'offre à elle ou pour répondre à de nouveaux besoins de ses consommateurs.

Cette instabilité, cette tentation permanente à l'expérimentation et à l 'exploration, cette volatilité et ce niveau de risques font partie des principales raisons qui justifient la frilosité des banques, qui rechignent traditionnellement déjà à financer le secteur des TPME en Afrique. Le problème du financement par les banques des activités des TPME est d'ailleurs généralement dénoncé par les opérateurs économiques et n'est pas propre au secteur des startups.

Alors même que les banques reconnaissent volontiers ce sous-financement du secteur privé et qu'elles croulent sous des liquidités, elles dénoncent le manque de cohérence dans les projets et parfois l’existence de double comptabilité et le recours à des critères davantage humains qu’économiques dans la gestion des affaires. A l'heure où de plus en plus d'investisseurs s'accordent à reconnaître que pour une startup, le plus important est le modèle d'affaires et non le business plan, les banques jugent encore sur une longue liste de critères: un business plan lisible et convaincant, un plan de financement réaliste avec des besoins et les ressources justement mesurées. Voilà autant d'incompatibilité entre le modèle de financement des banques actuelles et celui des startups.

De nombreux pays occidentaux ont compris l'importance de la question et ont mis en place des banques nationales d'investissement, en charge de financer entre autres l'innovation. La question du financement de l'innovation est une question bien complexe à laquelle s'attaquent de nombreux gouvernants à travers la mise en place de nouveaux types de financement et de nouveaux 'véhicules' adaptés tels que les fonds d'investissement et les structures de capital risque. En Afrique francophone, où il n 'existe pratiquement plus de banques d'investissement ou de banque nationale de développement, les business angels ou les fonds de private equity; le crowfunding semblent combler l'espace laissé par le pouvoir régalien. Leur investissement n'est malheureusement pas structurant car il ne s'accompagne pas d'un encadrement des startups et ne s'insèrent pas dans un bus national de recherche et d'innovation. La plupart des startups en Afrique éprouvent des besoins de financement modestes, de l'ordre de 50 000 à 300 000 euros et c'est l'une des raisons pour laquelle l'Etat devrait inciter massivement les banques commerciales à les financer, tant qu'il reconnait que la disruption et les transitions que peuvent apporter des innovations technologiques sont génératrices de valeur ajoutée, de richesse et de croissance.

Certaines solutions peuvent être envisagées:

1 Mettre en place une notation pour les banques qui financent l'innovation et une fiscalité adaptée (bonus/malus) pour les banques qui consacrent un taux significatif de leurs prêts à des entreprises innovantes où à celles qui ont obtenus le statut officiel de startup

2s'engager à défiscaliser les prêts aux startups

3 autoriser de concert avec la banque régionale les banques commerciales à réduire leur ratio de fonds propres à condition que cette différence soit consacrée au financement de l'innovation

4 inciter la banque régionale à garantir les prêts accordés aux startups par les banques commerciales.

La connaissance du fonctionnement des structures publiques (clientélisme, népotisme, corruption, malversation) me pousse à décrier l'érection de banques nationales d'investissement. C'est, à mon humble avis, aux banques commerciales qu'il revient de financer le secteur privé et à l'Etat de mettre en place les incitations et la régulation nécessaires à l'orientation et au fonctionnement de l'économie. Il lui donc revient de structure , aux côtés des mécanismes d'incitation des banques commerciales ci-dessus énoncées, les autres formes de financement que sont les fonds de capital-risque, les business angels, le private equity et le crowfunding afin de sécuriser les investissements et de les encourager à un financement durable et structurant des startups.

C'est à mon sens, l'une des conditions essentielles, du développement d'une économie moderne, soutenue par le numérique, les innovations technologiques, la disruption et les transitions sociétés et commerciales qu'elles peuvent engendrer.
Dernière modification lemardi, 24 novembre 2015 13:42
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