Croissance TakeEatEasy
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Take Eat Easy, L'histoire était elle trop belle?

Spécial
J'ai porté cette semaine mon coup de coeur sur Take Eat Easy, une startup belge spécialisée dans la livraison rapide et à la commande de repas à domicile. Take Eat Easy , après 3 années d'existence met cette semaine la clé sous le paillasson. Je me suis amusé à retranscrire pour la communauté francophone l'histoire de Take Eat Easy, racontée par Adrien Roose, Co-Founder & CEO de www.takeeateasy.com.

Cette authentique histoire révèle combien de fois il est difficile de faire grandir un startup, dans des conditions où les innovations et les concurrents apparaissent tous les jours, décidés disrupter des marchés en évolution perpétuelle. L'histoire d'Adrien remet en perspective la difficulté qui est celle des startups à se financer même en occident, aussi performantes qu'elles puissent être quelque fois.
Contrairement à Damien Morin, CEO de Save, Adrien et son équipe ont très vite joué sur les 3 facteurs de base qui conditionnent le succès d'une startup: les chiffres, les hommes et les processus. Ils se sont par contre heurté à la dure réalité du financement et du maintien d'une trésorerie qui vous permet d'avoir le temps de développer l'activité pour atteindre l'équilibre. Mais au delà de ces raisons qui sautent aux yeux, l'absence d'une technologie, innovation complexe, représentant une barrière à l'entrée de concurrents sur le segment de marché est peut être ce qui a précipité la mort de Take Eat Easy.

Car oui, l'innovation fait partie des raisons qui maintiennent une startup en vie.

Dans des métiers, ou des activités assez facilement reproductibles, et en l'absence d'une technologie qui retarde ou empêche l'arrivée de nouveaux players dans votre domaine d'activité, l'apparition de n'importe quelle jeune pousse, plus fun, ayant un meilleur storytelling et plus de cash à brûler peut rapidement non seulement détourner l'attention de vos investisseurs et du public mais aussi et surtout sonner le glas de votre compagnie. Dans la livraison de repas, qui finalement représente une activité somme toute classique, le fait d'être premier sur le marché, d'exécuter mieux ne peut généralement pas suffire. Une des solutions, à défaut de posséder une barrière à l'entrée est de bâtir un univers d'usages. Google en est un exemple vivant. Ayant très tôt compris qu'elle ne pourrait conserver longtemps son avantage concurrentiel en se basant uniquement sur l'activité de recherche, la firme de Mountain View a très bâti un univers de nouveaux services (YouTube, Maps, Mail, Google Apps, Google Plus) qui fait d'elle aujourd'hui la première compagnie du Web. La mise en place d'une stratégie de type océan bleu est alors préférable, en lieu et en place d'un affrontement obsessionnel avec les concurrents. Mais je ne vous ennuierai point ici avec des questions de stratégie.
A l'heure où Deliveroo, nouvelle pépite de la livraison de plats rapides à domicile, monte inexorablement dans un marché où la demande ne cesse de croître, et en ce moment où des jeunes entreprises comme Ikoko, Livraison Express, Jumia Food (précédemment HelloFood) se lance dans cette activité en Afrique, je vous invite à lire l'histoire, ô combien touchante, de cette startup pour laquelle l'histoire semblait si Easy.

Mes co-fondateurs et moi avons créé et lancé Take Eat Easy à l'été 2013. Notre objectif était de permettre à des restaurants de qualité pour fournir un service de livraison fiable à leurs clients. Environ un an plus tard, après avoir testé et éprouvé le concept à Bruxelles, nous nous sommes développés sur Paris, avons effectué un premier tour de table pour lever des fonds auprès de Venture Capitalist en Avril 2015, puis une seconde levée de fonds en Août à 2015.
Au cours des 12 derniers mois, notre équipe est passé de 10 à 160 personnes, et nous avons élargi notre couverture géographique de 2 à 20 villes, augmenté nos partenariats de restauration en passant de 450 à 3.200 restaurants, et avons finalement augmenté notre base de clients de 30.000 à 350.000.
Aujourd'hui, Environ le tiers de nos clients sont "actifs", et ils passent des commandes en moyenne 1,5x / mois. En fait, les clients actifs commandent de plus en plus fréquemment au fil du temps. Il y a quelques jours encore nous avons atteint la marque de 1 million de commandes, alors qu'aujourd'hui, nous sommes contraints de passer par la case dépôt de bilan et restructuration judiciaire.

De 1.000.000 à?

Pourquoi en sommes nous aujourd'hui à passer par le redressement judiciaire?
Une réponse immediate serait que:
1) Nos revenus n'étaient pas assez consistants pour couvrir nos charges, et que 2) nous n'avons pas été en mesure de boucler une troisième levée de fonds.

Notre chiffre d'affaires ne couvre pas encore nos coûts

Le modèle d'affaires de Take Eat Easy est assez simple.
Sur chaque commande, nous facturons au restaurant une commission de 25-30%, et au client des frais de livraison d'environ 2,5 €. Avec cette un revenu net de 10 € par commande, nous sommes en mesure de payer la course du livreur-bicyclette. La marge bénéficiaire est donc fonction de la commission du Restaurant, de la Valeur moyenne de la commande, des frais de livraison et des charges de livraison.Les trois premiers paramètres sont principalement dictées par les conditions du marché. Le coût de la livraison, est quant à lui, directement correlé avec l'utilisation du livreur (nombre de livraisons/livreur/heure).

" L'innovation d'usage c'est bien, l'innovation technologique c'est encore mieux".

L'efficacité de la livraison est l'un des métriques les plus importants dans notre activité. En considérant que les livreurs doivent faire un minimum de 15 Euros /heure pleine, une faible utilisation du livreur (mins d'une livraison et demi par heure ) représente une perte pour l'activité.
Notre travail consiste à aligner l'offre sur la demande (dans le temps et dans l'espace) et c'est quelque chose dans lequel nous avons excellé ces tout derniers mois.Nos équipes techniques et opérationnelles ont concentré leurs efforts sur une optimisation et un dispatching automatique des commandes de repas aux livreurs et aux restaurants (en se basant sur des données d'expérience telles que: la vitesse moyenne, la position , le temps de préparation), sur la capacité à planifier en fonction de facteurs internes et externes (le budget marketing, la météo par exemple).

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L'intégration poussée avec les opérations des restaurants à travers les applications de nos partenaires: annuler des commandes, supprimer de menus, changer le temps de préparation par livraison. La marge unitaire n'a cessé de s'accroître et est aujourd'hui positive pour l'ensemble de l'activité du groupe, mais pas assez pour couvrir nos charges fixes.

Nous n'avons pas été capable de boucler une troisième levée de fonds

En dépit de tout ce qui précède, nous n'avons pas été capable de lever des fonds supplémentaires pour financer la survie de l'entreprise en attendant de lui faire atteindre l'équilibre.
Nous avons commencé à travailler sur notre troisième levée de fonds (la série C) dès Octobre 2015. Nous savions que nous devions accélérer étant donné qu'un de nos propres investisseurs avait acquis et investi agressivement dans Foodora un de nos concurrents majeurs, et que Deliveroo (la nouvelle pépite dans la livraison de repas en Europe, ndlr) venait d'effectuer une première levée massive d'argent. Malheureusement pour nous, Deliveroo réussissait et annonçait une levée d'argent plus massive encore que la première quelque semaines plus tard. Cela n'a pas aidé.

En Mars 2016, après avoir vu notre dossier rejeté par plus de 114 Fonds de Venture Capitalist, nous avons signé un précontrat avec un groupe public français de logistique pour un investissement potentiel de 30 Millions d'Euros. Malheureusement, après 3 mois d'intenses négociations, leur conseil d'administration a rejeté l'agrément et ils ont fini par retirer leur offre. Nous négocions avec eux sous un accord d'exclusivité, sans plan B donc, et n'avions dès lors que quelques semaines pour trouver une issue de sortie.
Ces huit dernières semaines, nous avons tenté désespérément de maintenir des solutions pour maintenir l'entreprise en vie. Nous avons en parallèle, sur des solutions de refinancement et des deals de revente , mais aucun n'a malheureusement réussi. Nous manquons désormais clairement de temps pour maintenir une activité opérationnelle comme jadis et nous nous sommes placés sous restructuration judiciaire.

" Nous avons vu notre dossier rejeté par 114 Fonds de Capital Risque".

Nous avions lancé Take Eat Easy par passion, pour fournir un service de livraison à la demande, une technologie, un repas de qualité et un meilleur service.
Nous avions lancé Take Eat Easy, convaincu que nous pourrions rendre votre vie plus savoureuse.

Dernière modification lejeudi, 28 juillet 2016 04:39
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