Etudiants  en grève à Madagascar
Etudiants en grève à Madagascar

Eduquer l'Africain, en Afrique: le vrai passeport pour l'emploi!

Spécial
Ceci est la reprise d'un article écrit sur Facebook il y a un an environ, qui reste paradoxalement d'actualité. J'ai jugé bon de le remettre au goût du jour car je pense qu'il fait particulièrement écho au dernier article du bloggeur @JuanEsteveSousa https://laviedunjeunecotonois.wordpress.com/2016/02/09/le-retour-vers-lafrique-cest-pour-les-plus-nantis/#more-1039. J'attire la nécessité de sortir de l'hypocrisie et de la médiocrité de l'enseignement en Afrique qui prépare l'Africain à n'être au mieux que serviteur chez lui.

J'ai personnellement entrepris de monitorer via la rubrique economie.jeuneafrique.com les nominations dans les grandes entreprises africaines depuis presque deux ans. Et il m' a été donné de constater ceci: Plus de 80 % des nouvelles nominations à des postes de direction dans ces majors africaines concernent ou des jeunes de la diaspora africaine qui ont travaillé et étudié en occident, ou des occidentaux qui émigrent en Afrique et y font leurs vies. Ceci pourrait, au premier coup d’œil se traduire par le mythe de l'étranger auquel l'Africain semble si sensible. Mais en croisant cette découverte avec ma connaissance du système d'enseignement sous- régional (de l'Afrique de l'Ouest) je me rends compte que le vrai problème est celui de la formation de la jeunesse car ces emplois sont pour la plupart de hauts emplois techniques ou à forte capacité managériale.

N 'en déplaise aux politiques : Les universités publiques africaines sont bondées et sinistrées, les programmes incomplets et non adaptés aux besoins du marché du travail et des entreprises nouvelles, les années académiques s'éternisent, les étudiants finissent diplômés mais non qualifiés.
Les universités privées quand à elles s'adressent aux classes moyennes qui fuient le secteur public d'enseignement supérieur, mais elles souffrent en dépit de leur bonne volonté, elles souffrent du manque d'encadrement des programmes, du manque de professeurs qualifiés et dévoués, de la gloutonnerie de leurs promoteurs, du désormais syndrôme "Je paye cher je dois être diplômé" et déversent sur le marché des diplômés qui réclament un emploi parce qu'ayant payé chères leur pseudo études supérieures.
Puis il y a ces écoles de l'élite (écoles sous régionales, business schools hors de prix, universités occidentales) qui importent les professeurs étrangers, leur donnent un emploi, tissent un réseau avec les universités européennes et les entreprises pour assurer à la minorité de la minorité qu'ils accueillent un emploi qu'ils ont acheté avec leur scolarité. De ce fait, je m'étonne rarement que le secteur des hauts emplois fortement rémunérés dans le privé accueillent rarement des nouveaux venus issus du bas peuple ou des universités publiques.

C 'est en réalité un cercle vicieux : Ou vous avez les moyens d'inscrire vos enfants dans une business school ou de l'envoyer étudier en Occident pour qu'ils aient en retour un haut emploi très bien rémunéré ou il va a l'université publique ou dans une grande école privée pour un emploi faiblement rémunéré ou pas d'emploi du tout. En un mot, les riches restent riches entre eux et payent pour le rester dans une société où on paye pour avoir un emploi.

Ce système n'est à mon point de vue pas durable. Car il est générateur de chômage, embrigadent dans la main d'une minorité la plus grande partie des richesses et est prémice de soulèvement populaire. Je ne m'appesantirai pas à démontrer ici le lien entre pain et liberté. Les chercheurs s'en sont occupés avant moi.

Lire aussi : Les Quatre leçons de la révolution tunisienne pour le monde arabe.

En cette année ou certains organismes internationaux prêchent l’éradication de la pauvreté par une meilleure redistribution des richesses, il urge à mon sens de souligner que c'est par une meilleure éducation et un système d'enseignement supérieur qui qualifie le plus grand nombre et valorise tous les métiers, qui donnent un emploi à la majorité qu'on y arrivera en Afrique et non pas par l'assistanat ambiant. J'aime souvent à me rappeler que si les révolutions arabes ont mis en exergue le besoin d'expression démocratique, leurs réels déclencheurs et causes souterraines furent le manque d'emplois qualifiés et convenablement rémunérés. Et je ne suis pas étonné que cette étude http://bit.ly/1o14AP7 de la banque africaine de développement souligne que le principal défi à relever par la Tunisie post-révolution est celui de l'Emploi.
J'aime aussi à me rappeler cette analyse pertinente de Alain Capo Chichi qui soulignait dans sa thèse de Doctorat que " à l'allure où vont les choses, les pays africains au sud du Sahara connaîtront pour les mêmes causes souterraines leurs révolutions "arabes" d'ici 2050". Et je présume que cela arrivera bien plus vite avec la libération des médias, l'ubiquité du mobile en Afrique et la démocratisation des TICS.

Il urge que les jeunesses éclairées du Continent et même les personnes de la Diaspora de retour ainsi que celles qui détiennent des emplois à haut revenu, exigent des pouvoirs publics qu'elles mettent en oeuvre des réformes profondes des systèmes nationaux d'enseignement supérieur, qu'elles se décident à investir massivement dans l'éducation et arrêtent les retouches cosmétiques que nous avons jusque là connus.
Un proverbe de chez moi dit, je paraphrase, que Vous ne pouvez dormir tranquille si votre voisin dort à jeun. Les politiques d'assistanat (RSA, Emplois aidés, Programme de Volontariat) ont fait la preuve de leur échec pâtant en Occident et j' ai du mal à comprendre pourquoi les pouvoirs public africains s' y engagent aussi. Ce sont juste des solutions cosmétiques tout au plus des solutions transitoires. C'est d'une réforme profonde du système d'enseignement supérieur et au delà du modèle sociétal de redistribution des richesses qu'il faut désormais s'occuper, vigoureusement.

Dernière modification lemardi, 09 février 2016 23:48
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