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Je ne soutiens pas la Zone Franche pour l'Innovation et le Savoir au Bénin: Voici pourquoi!

Spécial
Nous sommes le 7 Juillet 2011, Bruno Nabagné Koné, Ministre de la Poste et des technologies de l'information et de la communication, visite le Village des technologies de l'information et de la biotechnologie (Vitib) de Grand Bassam, la zone franche technologique de la Côte d'Ivoire.

Le ministre, qui fut l'un des artisans du Vitib, fait un constat amer. " J'étais à l'origine du projet de la création de Vitib. J'ai pu voir tous ce que vous avez présentés. Aujourd'hui malheureusement, 5 ans après, j'ai le sentiment amer que beaucoup n'a pas été fait. Je pense qu'il faut se dire la vérité compte tenu des ambitions que nous nous étions fixées."
Cet échec ne fait pas de la Côte d'Ivoire une exception.

Loin de là, Paris-Saclay, petite bourgade universitaire au Sud de Paris: Un investissement de plus de 3 milliards d'euros, le regroupement de 60.000 étudiants et 12.000 chercheurs au sein de 18 universités et grandes écoles, parmi les plus prestigieuses de France (HEC, Polytechnique, CNRS...), des laboratoires de recherche et développement (R&D) de 50 grandes entreprises, parmi lesquelles Airbus, EDF, Safran, Blizzard ou encore Nokia... Le campus Paris-Saclay semble avoir tout du cluster - ces pôles scientifiques et technologiques - capable de se hisser au rang des plus grands, de Cambridge à la Silicon Valley.
Tout ? Non. Une petite communauté peine encore à faire son apparition dans le campus de 7.000 hectares : les start-up.

Les projets de construction de technopôle ou de mini Silicon Valley sont à n'en point douter des projets à risque. Ils sont généralement menés sur initiative des politiques qui pour des questions de vitrinage et de prestige tiennent coûte que coûte à lancer des projets pharaoniques tels le Vitib , Diamnidio et bientôt peut être au Bénin la Zone Franche pour l' Innovation et le Savoir sans pour autant se préoccuper de leur efficience. Je ne suis d'ailleurs pas étonné. Le numérique est la nouvelle vague sur laquelle il faut surfer pour être populaire auprès des couches juvéniles et les leaders politiques, tout affûtés qu'ils sont, ne comptent pas se le faire conter.
Le discours qui justifie l'érection de ces infrastructures est généralement le même : permettre et accompagner l'éclosion et le renforcement d'un nouvel écosystème de jeunes entreprises innovantes (startups) pour générer de la richesse et créer des emplois. Mais ce discours est assis sur un paradigme fondamentalement inexact. La réussite d'une technopôle dépend de la maturité de l'écosystème préexistant et non l'inverse. Cette réussite nécessite la préexistence d'un vivier de talents prêts et rompus à la recherche, de startups ayant déjà fait des innovations majeures et ayant besoin de passer à la vitesse supérieure. Et pour être lucide, en Côte d'Ivoire, comme au Sénégal et au Bénin, ce vivier n'est pas encore assez fourni. Les écosystèmes locaux du numérique ne sont pas suffisamment matures pour intégrer une technopôle, et ces projets sont pour la plupart une manière de mettre la charrue avant les boeufs.

Dans ce contexte, les projets de technopôle mettent énormément de temps à se dynamiser. Et dans l'intervalle, dans l'attente d'un écosystème mature pour prétendre à exploiter les infrastructures, ils deviennent le réceptacle de majors tels que Google, Samsung, ZTE, ce qui fait bien souvent la fierté des gouvernants. Le Vitib, en Côte d'Ivoire, en fait d'ailleurs l'expérience actuellement et rien ne prédit que Diamnidio une fois construite se soustraira à ce phénomène.
Ces majors, utilisent dans ces conditions, les installations et les facilités construites par les Etats pour apporter aux citoyens des contenus étrangers, tuant au passage, à coûts de campagnes publicitaires ciblées et d'investissements colossaux, la petite industrie digitale frémissante, sans pour autant créer plus d'emplois ou plus de valeur ajoutée pour les caisses publiques.

Si pour les politiques, accueillir Cisco, Google, Huawei,Orange Ventures, Xiaomi ou Amazon peut être le signe de leur réussite à transformer pays, le seul facteur pertinent est le nombre de jeunes entreprises innovantes créées dans ces nouveaux métiers et la croissance qu'elles connaissent.
La prise en compte de cet indicateur appelle une réflexion différente ainsi qu'un modèle différent. Les projets de technopôle mettent du temps à devenir une réussite et peuvent paraître des gouffres financiers quelques fois. Ils profitent rarement ou dans de très faibles proportions à l'économie locale dans les pays où ne préexistait un écosystème du digital mature et performant. C'est le cas de la plupart des pays d'Afrique de l'Ouest. Le Bénin n'en réchappe pas.

Voilà pourquoi je ne soutiens pas la construction de la Zone Franche pour l'Innovation et le Savoir du Président Patrice Talon. L'impact d'un tel projet est difficilement mesurable pour l'instant, son incidence sur la croissance des jeunes entreprises technologiques n'est pas garantie, son efficience non plus.
Je continuerai à défendre le fait que les priorités sont ailleurs et que l'argent du contribuable peut être dépensée de manière plus efficiente. Pour réussir l'économie numérique, il faut mener, à côté de la construction d'une technopôle ce que j'apelle une intégration des tics par les territoires.
Cette politique appelle la construction et le soutien financier d'ilôts technologiques tels les tech hubs, les incubateurs d'entreprises numériques, les espaces de coworking, les tiers lieux au plus près des populations à la base, dans chaque département ou grande ville (on ne parle pas de Centre d'Accès Communautaire aux Tics que je trouve inadapté sous leur format actuel) et permet d'insuffler dans les communautés le souffle du digital, d'en démocratiser les usages, de préparer un marché, offrant ainsi un cadre au partage et à l'émulation.
Ces organisations à taille et structure plus humaines, plus rationnelles permettent un meilleur contrôle, une meilleure démocratisation des nouvelles technologiques et une diffusion cohérente à travers le territoire. Elles contribuent à souder l'écosystème naissant, à supporter les startups, qui de part la proximité géographique avec les territoires peuvent étudier et dénicher les problèmes de leur milieu puis concevoir des solutions adéquates pour les adresser.

Il faut, en outre, accompagner cette politique territoriale par une stratégie d'émulation et un mécanisme de financement qui permettent aux jeunes pousses locales de croître.
Une dizaine de milliards chaque année pour soutenir via un fonds de garantie et un financement d'accompagnement des espaces de soutien à l'innovation . Voilà ce que couteraît au Bénin, la mise en oeuvre d'une politique d'intégration du numérique par les territoires, pour développer des startups pouvant prétendre un jour à s'installer aux cotés des majors, dans les technopôles auxquelles nos politiques tiennent tant.

Dernière modification levendredi, 02 septembre 2016 09:01
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